Chargement
Juin 26, 2022

Heartstopper, une série d’utilité publique

Écrit par Romain
Catégorie Public jeunes

Une toute petite histoire centrée sur la vie d’un jeune gay (mais pas que sur lui), peu confiant en lui et qui se passe pas trop mal ? Carrément bien en fait ? Sans tomber dans l’angélisme niais. Sans caricatures, avec des personnages lesbiens, bi, trans (jouée par une fille trans dans la vraie vie), et qui tombe juste, le tout sur Netflix ? Noooooonn c’est une blague, c’est pas possible ? Et ben si ! Il y a tout dans cette mini série, et c’est résolument positif. À voir d’urgence, mais surtout à montrer d’urgence à vos jeunes, dès l’enfance, parce que l’autrice, Alice Oseman, a eu l’intelligence de créer un truc centré sur l’amour sans la moindre référence au sexe (ni à la sexualité). S’ il y a un coup de cœur dans cette histoire (littéralement “heartstopper”) c’est pour cette petite œuvre d’art, un vrai coup de génie qui fait du bien et peut sauver des vies. On vous explique.

Positive attitude

Non, on n’est pas particulièrement fans de Lorie ni du néolibéral “quand on veut on peut”, vraiment pas du tout (quoi que pour Lorie ça peut se discuter). Mais on considère que les créations qui montrent une image positive de la vie des LGBTI+ peuvent constituer une sorte de remède capable à terme d’effacer à tout jamais le paquet de merdes qu’on a entendues toutes nos vies et qui nous ont un peu chaque jour rabaissé•es. On va pas s’étaler ici sur les conséquences de cet énorme paquet de violences sur nos âmes, on va juste se concentrer très fort sur le remède : en valorisant à fond les artistes et créations positives, un jour on se sentira toutes vraiment pas peu fières de nous même, et on ira toutes un peu mieux en pensant à toutes ces belles histoires. (NB : c’est pas parce qu’on veut se raconter de plus belles histoires qu’on n’est pas aptes à dénoncer AUSSI les drames et à y faire face, c’est juste un autre temps et une autre audience). 

Et s’il y a bien une chose que cette merveilleuse série merveilleusement écrite fait merveilleusement bien (j’en fais trop ?) c’est de raconter une vie banale d’un gay banal mais de manière vraiment chouette, positive, sans pour autant tomber dans l’angélisme. Bien sûr il (et plus généralement la bande d’ami•es toustes plus géniales les unes que les autres) devra affronter tout ce qu’on doit affronter de plus nase dans la vie quand on est ados,  MAIS, c’est teinté d’espoir, avec un amour qui (spoiler) trouve son chemin malgré tout, avec des situations qui sont toutes difficiles, même pour les hétéros, mais avec beaucoup beaucoup beaucoup (trop) de mignonnerie et globalement on (enfin surtout l’autrice) essaye de montrer que c’est possible. Si si, toi l’ami•e LGBTI qui nous lit, c’est possible, ça va aller, ça va marcher, on va s’intéresser à toi parce que TU MÉRITES qu’on t’aime parce que TU ES UNE BONNE PERSONNE. Bon, ça ce n’est pas dit exactement comme ça et de toutes façons on peut pas en dire plus sinon on vous spoil tout mais vous comprendrez dans la scène dans le couloir qu’on est pas loin du compte. 

Certains et certaines trouveront ça too much, c’est évident, mais c’est tant mieux. Parfois il faut aussi que des gens dessinent pour nous des petits cœurs dans nos vies. C’est nian nian mais NOUS AUSSI on a droit à être nian nian, c’est ça l’égalité faut s’y faire. 

Bref, donner espoir aux jeunes qui s’interrogent, c’est la clé. Et en plus Alice elle n’a pas choisi de traiter que les LGBTphobies. Elle s’attaque aux complexes de ceux et celles qui pourraient se trouver moches ou pas assez ceci, trop roux ou trop maigres. Tout le monde a droit au bonheur avec elle. Le bonheur c’est Alice Oseman en fait. Alice présidente ! 

C’est pour ça qu’on veut vraiment soutenir cette œuvre. Et cette artiste. Force à toi Alice Oseman, on te kiffe. 

LGBT, pas juste pour les quotas 

 

L’autre point très positif de cette série, c’est la justesse du traitement des problématiques spécifiques à nos différentes identités. Même dans le traitement de la bisexualité c’est carré. La permission “cliché” de la mère qui dit “c’est ok si tu n’aimes pas aussi les filles” et bam lui qui répond que si si, il aime les deux. La façon subtile dont le personnage trans est amené à parler de son identité sans en faire des caisses, certainement réussie parce que pour une fois la jeune fille choisie pour jouer ce rôle l’a été pour son véritable parcours en tant que femme trans et noire ET pour son expérience dans la façon de le raconter sur les réseaux sociaux. Comme quoi on peut trouver une personne concernée ET bonne actrice… Des lesbiennes qui déjouent le cliché du “ça se passe mieux pour les filles” et envoient bouler une “alliée” autoproclamée. Bref, au kamoulox des sigles et termes pro LGBT Alice gagne haut la main. Aucune référence toutefois à l’intersexuation, dans cette première saison en tous cas, on croise les doigts pour la saison 2 et on renvoie vers le Collectif intersexe activiste : ​​ https://cia-oiifrance.org/ 

L’amour pas le sexe 

Quand on voit comment Elite ou Sex Education traitent le sujet de la sexualité on pourrait s’attendre à ce qu’une énième série sur les ados doive impérativement traiter la question et qu’on évalue à quel point c’est pertinent avant d’oser la montrer aux gosses. Et ben non. Pas une seule référence au sexe ni à la sexualité ici, pendant toute la saison (huit épisodes quand même). Et il faut bien dire que ça fait du bien. Il y a bien des références à l’amour, aux émotions, à l’électricité, aux “papillons”, aux contacts, aux frissons, et il y a même des moments où les personnages s’embrassent, seuls, dans des pièces fermées mais… à aucun moment le sexe n’entre en jeu dans cette série (en tous cas dans la première saison). Pas une seule allusion, pas un seul sous entendu, pas un seul moment gênant. C’est très bien aussi d’aborder sereinement la sexualité, nous n’avons rien contre ça, mais construire une image positive de la vie des LGBT c’est aussi parfois désexualiser nos corps. Sortir de ces sujets intimes pour se concentrer un peu sur l’amour, les sentiments, c’est dire au spectateur que la sexualité ne le regarde pas, qu’il ne saura pas, qu’il ne verra pas ce qu’il se passe. C’est aussi, pour les jeunes qui se découvrent, une proposition nouvelle : et si votre orientation et votre identité n’avaient rien à voir ni avec votre sexe, ni avec celui de l’autre ? 

Pour ça, et pour un millier d’autres raisons, foncez voir cette série, recommandez là aux jeunes qui se cherchent (ou pas) et soutenez Alice Oseman par exemple en vous abonnant à ses comptes : 

https://twitter.com/AliceOseman 

https://www.instagram.com/aliceoseman/ 

Voir la série sur Netflix 

https://www.netflix.com/title/81059939 

Tu veux soutenir notre asso ?